la SACEM taxe 1000 euros un cinéaste qui sifflote pendant 7 secondes l'Internationale dans son film!
Par Tof, samedi 23 avril 2005 à 13:08 :: fuck SACEM :: #54 :: rss

"Au nom de la SACEM, je vous arrête!"
C'est avec ce genre de nouvelle que l'on se rend compte de l'ampleur du problème SACEM. Comment est-on arrivé au stade où une chanson révolutionnaire, symbole de la lutte anti-capitaliste, chantée dans le monde entier, créée par un auteur décédé depuis 70 ans et opposé à la propriété privée, appartiennent à une société anonyme perceptrice de droits d'auteur? Comment peut-on réclamer 1000 euros pour 7 secondes d'un air siffloté dans un film (même pas chanté avec les paroles), niant ainsi de manière flagrante le droit de citation?
L'auteur du film, Pierre Merejkowsky, membre de la SACEM, ADAMI & consor, nous expose son point de vue sur les dérives de la SACEM due à son fonctionnement si peu démocratique... suivi d'un article du Monde (4 avril 2005) sur le sujet.
OUI, JE RECONNAIS LES FAITS : JE SIFFLOTE L'INTERNATIONALE
de Pierre Merejkowsky - les films du Crime et du châtiment

Donc je sifflote l'Internationale, le chant, pendant sept secondes dans mon long métrage Insurrection Résurrection. Ce long métrage a eu une sortie nationale 35 mm au cinéma l'Entrepôt à Paris et a été ou sera programmé dans une demie douzaine de salles en Province. La SDRM, société civile de droits d'auteurs, exige du producteur "les films Sauvages" qu'il verse une somme de mille euros étant donné qu'il a omis de déclarer que ce sifflotement constituait une exploitation d'une musique enregistrée par la firme "le Chant du Monde".
Je ne savais pas que l'Internationale appartenait à une maison de disque. Ce qui veut dire en clair qu'un chant de révolte, qu'un chant de lutte contre la marchandisation, contre le capitalisme appartient aux marchands (à des marchands qui ont édité de nombreux chants révolutionnaires). Et de quel droit? Du droit édicté par une société d'auteurs. Une société d'auteurs qui sous le masque de la défense du droit d'auteur défend les droits d'un auteur décédé qui remettait en cause le droit de la propriété privée.
En fait, je considère qu'à travers ce procès, c'est l'auteur du film qui est censuré par une société d'auteur censé le défendre. Oui, j'ai siffloté l'Internationale, précisément parce que dans l'assemblée générale dans laquelle je joue mon propre personnage, je m'interroge sur l'opportunité d'une intégration d'une lutte légitime dans un flux audiovisuel, et donc dans une organisation qui a pour seule finalité d'augmenter son nombre d'adhérents.
L'Internationale ne demande t elle pas de faire table rase du passé et n'invite t elle pas les soldats à se mutiner contre les généraux? (ce qui constitue de toute évidence un grave délit) Mais là, messieurs les censeurs, ce n'est pas votre question puisque pour vous, seul compte la question du droits d'auteur. Pour vous comme d'habitude, il s'agit d'être efficace, efficace et donc de collecter dans n'importe quelle condition des taxes qui bien sûr seront démocratiquement reversées aux auteurs qui toucheront cents fois plus de droit en passant sur TF1 que sur Zalea Télévision (cette dernière n'étant même pas autorisée à émettre par un autre Conseil Supérieur : le CSA).
Et bien sûr, en toute quiétude, messieurs les Délégués élus par le conseil d'administration, vous ne manquerez pas de noter que je touche moi aussi des revenus de ces taxes. Oui, je touche et j'ai touché des droits d'auteur. Oui, je suis un des lauréats de la Bourse Brouillon d'un Rêve de la SCAM.
Mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas le droit de m'interroger sur la réglementation d'une société d'auteur qui à longueur de bulletins se targue de démocratie, de libre parole, et de transparence. Face à une clochardisation manifestemement assumée par les Conseils d'Administration des sociétés d'auteur qui ne versent des droits d'auteur qu'en fonction du nombre de spectateurs et donc de l'AUDIMAT, je revendique le droit de siffloter pendant sept seconds l'Internationale dans un film et si dans les AG des droits d'auteur, au lieu de ma seule voix (ou vingt cinq voix dans le cas de la SCAM) je disposais de cent voix comme les auteurs qui passent sur les grandes chaines de télé commerciales ou publiques ou privées et qui siègent démocratiquement au conseil d'administration puisqu'ils possèdent cent voix, il me serait possible:
1) de proposer que tous les citoyens puissent être autorisés à siffloter l'Internationale dans un film et dans une manifestation sur la voie publique, voir même dans les couloirs des hôtels particuliers acquis en toute légalité par le versement des dites taxes.
2) de demander qu'un revenu garanti minimum soit versé à chaque sociétaire indépendament du nombre de spectateurs et donc du marchand de canons qui possède ainsi que vous le savez l'ensemble des circuits de diffusion mais mon point de vue est sans doute bien éloigné des Beaumarchais et autre Pottier ainsi que vous ne manquerez pas de me le faire remarquer du haut de vos estrades et de votre Immninent Savoir que justifie la diffusion de Vos Oeuvres sur les Grands Circuits de Diffusion.
Pierre Merejkowsky
réalisateur du film Insurrection Résurrection et adhérent sifloteur de la SACEM, de la SACD, ADAMI , SCAM

"Soyez fair-play, payez!"
"Jamais! Le peuple aura ta peau!"
Siffloter "L'Internationale" peut coûter cher (le Monde, 4 avril 2005)
Pendant sept secondes, dans son long métrage Insurrection résurrection, l'acteur et réalisateur Pierre Merejkowsky a siffloté L'Internationale. Comme ça, au débotté. Une improvisation. Une fantaisie qui pourrait coûter cher à son producteur, Les Films sauvages.
Jean-Christophe Soulageon, le directeur, a reçu une lettre sèche, en recommandé avec accusé de réception, de la Société pour l'administration du droit de reproduction mécanique des auteurs compositeurs et éditeurs (SDRM), qui gère les droits d'auteur sur les supports cinématographiques. "Au cours d'un contrôle dans les salles de cinéma, nos inspecteurs musicaux ont constaté que l'œuvre L'Internationale avait été reproduite dans le film" sans autorisation. La SDRM demande donc 1 000 euros pour avoir omis de déclarer ce sifflotement, qui constitue une exploitation illégale d'une musique éditée par la société Le Chant du monde. M. Soulageon ignorait qu'un sifflotement valait chanson. Pis, il ne savait pas non plus que L'Internationale, dont la musique a été écrite par Pierre Degeyter (1848-1932) et les paroles par Eugène Pottier (1816-1887), n'était pas dans le domaine public. Membre du Parti ouvrier français, Pierre Degeyter a composé en 1888 ce qui est devenu par la suite l'hymne du mouvement ouvrier mondial. Le compositeur meurt en 1932 à Saint-Denis, "un peu dans la misère", malgré une petite pension de l'ambassade de l'URSS, précise Hervé Desarbre, le directeur du Chant du monde.
Selon la loi sur la propriété intellectuelle, cette œuvre ne tombera dans le domaine public qu'en 2014, souligne Philippe Lemoine, responsable des autorisations audiovisuelles de la SDRM. Aux soixante-dix ans de protection post-mortem de l'artiste, s'ajoutent les années de guerre. Le producteur a tenté, en vain, de négocier, en proposant 150 euros au Chant du monde. La société d'édition musicale des "grands Russes" (Chostakovitch, Prokofiev...) aurait préféré une demande préalable. L'épisode est d'autant plus rude que Les Films sauvages ne se sont guère enrichis avec le film de Pierre Merejkowsky. Sorti le 10 novembre 2004 dans une seule salle d'art et d'essai parisienne, ce long métrage a réalisé 203 entrées.
Pourquoi Pierre Degeyter n'est-il pas mort riche ? Chaque fois que L'Internationale était chantée en public, il aurait dû toucher des droits. "L'Union soviétique violait la loi en ne redistribuant rien aux ayants droit", déplore M. Desarbre. A la SDRM, on va plus loin : dans les congrès ou les réunions politiques, les organisateurs devraient prévenir et verser des droits après avoir chanté cet hymne révolutionnaire. Alain Krivine (LCR) s'en amuse : "Je n'ai jamais donné un sou à la Sacem, d'ailleurs on décide toujours au dernier moment de chanter, ça s'est fait des milliers de fois."
Commentaires
1. Le mercredi 27 avril 2005 à 00:42, par Wakup :: site
2. Le dimanche 8 mai 2005 à 10:47, par Bobz
3. Le mercredi 25 mai 2005 à 22:53, par anti-sacem
4. Le vendredi 17 juin 2005 à 11:49, par lyber
5. Le jeudi 8 septembre 2005 à 14:49, par Tigresse
6. Le mardi 27 septembre 2005 à 12:50, par Fanch
7. Le mardi 27 septembre 2005 à 13:03, par LUC
8. Le mercredi 2 novembre 2005 à 21:46, par beru
9. Le mercredi 6 décembre 2006 à 19:53, par Roro
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