LA BIOGRAPHIE DE GUY DEBORD

Guy Debord fut le théoricien secret et actif du groupe situationniste, mouvement protestataire issu des révoltes étudiantes. En 1953, il inscrit "Ne travaillez jamais" : son mode de vie fut celui de la dérive, de l'errance et de la curiosité. En 1957, il fonde l'Internationale situationniste. Homme d'une grande intransigeance, il fut le critique exemplaire de "La société du spectacle". Pour lui, le consumérisme signe le début de la merchandisation des valeurs, et la société ne peut plus être perçue que comme une représentation. Ecrit dans un français presque classique, ses analyses rigoureuses étudient l'avènement de l'ère des médias. Il est l'auteur d'une oeuvre mince, mais poursuivie en ligne droite. Toujours fidèle à ses convictions, il interdit en 1984 la diffusion de l'ensemble de son oeuvre cinématographique. Guy Debord, qui était atteint d'une maladie du foie, s'est suicidé en 1994.

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La société du spectacle de Guy Debord (texte intégral ici!!)

Préface (à la deuxième édition de L'Essence du christianisme)

« Et sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »

Feuerbach

I. La séparation achevée

1. Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation.

2. Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant.

3. Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée.