| Mistress Branican (1891) | 1 Mo |
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Le « Franklin » (extrait)
“Il y a deux chances de ne jamais revoir les amis dont on se
sépare pour un long voyage : ceux qui restent peuvent ne se plus
retrouver au retour ; ceux qui partent peuvent ne plus revenir.
Mais ils ne se préoccupaient guère de cette éventualité, les marins
qui faisaient leurs préparatifs d’appareillage à bord du
Franklin, dans la matinée du 15 mars 1875.
Ce jour-là, le Franklin, capitaine John Branican, était sur le
point de quitter le port de San-Diégo (Californie) pour une navigation
à travers les mers septentrionales du Pacifique.
Un joli navire, de neuf cents tonneaux, ce Franklin, gréé en
trois-mâts-goélette, largement voilé de brigantines, focs et flèches,
hunier et perroquet à son mât de misaine. Très relevé de
ses fayons d’arrière, légèrement rentré de ses œuvres vives, avec
son avant disposé pour couper l’eau sous un angle très fin, sa
mâture un peu inclinée et d’un parallélisme rigoureux, son
gréement de fils galvanisés, aussi raide que s’il eût été fait de
barres métalliques, il offrait le type le plus moderne de ces élégants
clippers, dont le Nord-Amérique se sert avec tant
d’avantage pour le grand commerce, et qui luttent de vitesse
avec les meilleurs steamers de sa flotte marchande.
Le Franklin était à la fois si parfaitement construit et si intrépidement
commandé que pas un homme de son équipage
n’eût accepté d’embarquer sur un autre bâtiment - même avec
l’assurance d’obtenir une plus haute paye. Tous partaient, le cœur plein de cette double confiance, qui s’appuie sur un bon
navire et sur un bon capitaine.
Le Franklin était à la veille d’entreprendre son premier
voyage au long cours pour le compte de la maison William H.
Andrew, de San-Diégo. Il devait se rendre à Calcutta par Singapore,
avec un chargement de marchandises fabriquées en Amérique,
et rapporter une cargaison des productions de l’Inde, à
destination de l’un des ports du littoral californien.(...)”
VERNE Jules (1828-1905), écrivain français.
Né à Nantes, il fut d’abord destiné à reprendre l’étude d’avoué de son père. À l’âge de onze ans, ayant acheté l’engagement d’un mousse, il s’embarqua sur un long courrier en partance pour les Indes, son père le rattrapa de justesse. Il fut envoyé à Paris pour faire des études de droit et entreprit alors clandestinement d’écrire ses premières œuvres. En 1867, il partit pour les États - Unis avec son frère Paul à bord d’un véritable paquebot à roue construit pour la pose du câble téléphonique transeuropéen. Ses croisières en Norvège, en Irlande, en Écosse, dans la mer Baltique et en Méditerranée renouvelèrent son inspiration. Sa rencontre avec l’éditeur J. Hetzel qui ne cessa de l’aider, lui permit de recueillir de gros succès dans le genre qu’il avait crée avec « cinq semaines en ballon » : le roman d’anticipation scientifique.
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