| Face au drapeau (1896) | 621.8 ko |
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Healthful-House (extrait)
“La carte que reçut ce jour-là - 15 juin 189.. - le directeur de
l’établissement de Healthful-House, portait correctement ce simple
nom, sans écusson ni couronne :
LE COMTE D’ARTIGAS
Au-dessous de ce nom, à l’angle de la carte, était écrite au
crayon l’adresse suivante :
« À bord de la goélette Ebba, au mouillage de New-Berne,
Pamplico-Sound. »
La capitale de la Caroline du Nord - l’un des quarante-quatre
États de l’Union à cette époque - est l’assez importante ville de
Raleigh, reculée de quelque cent cinquante milles à l’intérieur de
la province. C’est grâce à sa position centrale que cette cité est
devenue le siège de la législature, car d’autres l’égalent ou la dépassent
en valeur industrielle et commerciale, - telles Wilmington,
Charlotte, Fayetteville, Edenton, Washington, Salisbury,
Tarboro, Halifax, New-Berne. Cette dernière ville s’élève au fond
de l’estuaire de la Neuze-river, qui se jette dans le Pamplico-
Sound, sorte de vaste lac maritime, protégé par une digue naturelle,
îles et flots du littoral carolinien.
Le directeur de Healthful-House n’aurait jamais pu deviner
pour quel motif il recevait cette carte, si elle n’eût été accompagnée
d’un billet demandant pour le comte d’Artigas la permission
de visiter son établissement. Ce personnage espérait que le directeur
voudrait bien donner consentement à cette visite, et il devait
se présenter dans l’après-midi avec le capitaine Spade, commandant
la goélette Ebba.
Ce désir de pénétrer à l’intérieur de cette maison de santé,
très célèbre alors, très recherchée des riches malades des États-
Unis, ne pouvait paraître que des plus naturels de la part d’un
étranger. D’autres l’avaient déjà visitée, qui ne portaient pas un
aussi grand nom que le comte d’Artigas, et ils n’avaient point ménagé
leurs compliments au directeur de Healthful-House. Celui-ci
s’empressa donc d’accorder l’autorisation sollicitée, et répondit
qu’il serait honoré d’ouvrir au comte d’Artigas les portes de
l’établissement.(...)”
VERNE Jules (1828-1905), écrivain français.
Né à Nantes, il fut d’abord destiné à reprendre l’étude d’avoué de son père. À l’âge de onze ans, ayant acheté l’engagement d’un mousse, il s’embarqua sur un long courrier en partance pour les Indes, son père le rattrapa de justesse. Il fut envoyé à Paris pour faire des études de droit et entreprit alors clandestinement d’écrire ses premières œuvres. En 1867, il partit pour les États - Unis avec son frère Paul à bord d’un véritable paquebot à roue construit pour la pose du câble téléphonique transeuropéen. Ses croisières en Norvège, en Irlande, en Écosse, dans la mer Baltique et en Méditerranée renouvelèrent son inspiration. Sa rencontre avec l’éditeur J. Hetzel qui ne cessa de l’aider, lui permit de recueillir de gros succès dans le genre qu’il avait crée avec « cinq semaines en ballon » : le roman d’anticipation scientifique.
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