| La Thébaïde ou les frères ennemis. | 240.1 ko |
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Préface :
“Le lecteur me permettra de lui demander un peu plus d’indulgence
pour cette pièce que pour les autres qui la suivent ;
j’étais fort jeune quand je la fis. Quelques vers que j’avais faits
alors tombèrent par hasard entre les mains de quelques personnes
d’esprit ; elles m’excitèrent à faire une tragédie, et me proposèrent
le sujet de la Thébaïde. Ce sujet avait été autrefois traité
par Rotrou, sous le nom d’Antigone. Mais il faisait mourir les
deux frères dès le commencement de son troisième acte. Le
reste était, en quelque sorte, le commencement d’une autre tragédie,
où l’on entrait dans des intérêts tout nouveaux ; et il avait
réuni en une seule pièce deux actions différentes, dont l’une sert
de matière aux Phéniciennes d’Euripide, et l’autre à l’Antigone
de Sophocle. Je compris que cette duplicité d’action avait pu
nuire à sa pièce qui, d’ailleurs, était remplie de quantité de
beaux endroits. Je dressai à peu près mon plan sur les Phéniciennes
d’Euripide. Car pour la Thébaïde qui est dans Sénèque,
je suis un peu de l’opinion d’Heinsius, et je tiens, comme lui,
que non seulement ce n’est point une tragédie de Sénèque, mais
que c’est plutôt l’ouvrage d’un déclamateur qui ne savait ce que
c’était que tragédie.
La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop sanglante.
En effet, il n’y paraît presque pas un acteur qui ne meure
à la fin. Mais aussi c’est la Thébaïde, c’est-à-dire le sujet le plus
tragique de l’antiquité.
L’amour, qui a d’ordinaire tant de part dans les tragédies,
n’en a presque point ici ; et je doute que je lui en donnasse davantage
si c’était à recommencer, car il faudrait, ou que l’un des
deux frères fût amoureux, ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d’autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupait tout entiers ? Ou bien il faut jeter l’amour sur un des seconds personnages, comme j’ai fait ; et alors cette passion, qui devient comme étrangère au sujet, ne peut produire que de médiocres effets. En un mot, je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amants ne sauraient trouver que fort peu de place parmi les incestes, les parricides, et toutes les autres horreurs qui composent l’histoire d’Oedipe et de sa malheureuse famille. (...)”
RACINE Jean (1639-1699), auteur, mathématicien et médecin français.
Orphelin dès son plus jeune âge, il fut recueilli par une tante religieuse à Port Royal où il reçut une formation intellectuelle importante. Il commença des études de philosophie et fut élu à l’Académie Française en 1672. Il fut désigné pour écrire avec Boileau la biographie du roi Louis XIV. Il fut l’un des premiers académicien admis aux spectacles de la cour. Il laissa de nombreuses poésies ainsi qu’une dizaine de tragédies.
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