| La récréation ( nouvelle ) | 457 ko |
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extrait :
“Je n’en peux plus. Je n’en peux vraiment plus. Voilà des
années que je pense être une femme libérée. J’ai vaincu le mâle
macho. Je vis seule. Je gère tout du soir au matin. Je travaille
comme une brute. Et je n’en peux plus !
Comme souvent depuis plusieurs années Mily et Nina se
retrouvent au bar Du coin du Z. Le soir. Ce soir-là Nina est mal
en point. Très mal en point. Davantage que tous autres soirs
depuis plusieurs années.
Brune les cheveux rougis au henné elle n’est pas très grande.
Peut-être 1 m 65 ou 1 m 70. Ses yeux noisette sont enfoncés dans
leur orbite. Un peu comme quand on a longuement pleuré. Son
nez aux ailes rougies laisse à penser qu’elle s’est beaucoup
mouchée.
- d’avoir l’âge !
- Non pas du tout. J’ai trente-neuf ans d’abord. C’est vrai
que quarante ça arrive. C’est vrai aussi que je me trouve un peu
fripée. Mais ça ne fait pas tout.
- Ça c’est merci tous ceux qui te sont passés dessus. Ils ont
laissé des traces les cochons. Ils se sont essuyé les mains sur la
paillasse. Ils ont frotté les pieds sur la carpette. Ils ont tout laissé
ratatiné. Comme à leur habitude. Merci. Au revoir. À jamais. Je
te laisse le ménage. Tu fais ça mieux que personne !
Nina encaisse le coup avec un rictus qui tend très
perceptiblement sa lèvre inférieure sur le côté gauche. Creusant
la fossette qu’elle a sur la pommette gauche. Des deux mains
elle tire le pan de sa jupe pour la remettre en place. Les fesses
légèrement décollées de sa chaise. Elle respire avec le ventre
qu’elle gonfle bien rond. Avant d’expirer tout l’air qu’elle y a
accumulé. Elle fait comme elle a appris en cours de gestion du
stress. Respirer. Gonfler le ventre bien rond. Comme un petit
ballon. On le visualise le petit ballon. On le gonfle encore.
Encore. Encore. Et on relâche. À fond. On expire par la bouche.
On vide bien ce ventre qu’on avait précédemment gonflé. Il ne
doit plus rester aucun air à l’intérieur. Il est complètement vide.
Et on gonfle à nouveau. En inspirant par le nez. (...)”
Helen DUffau est née en 1965 à Mont-de-Marsan, la ville qui a organisé le premier fetival punk de France en août 1976.
En 1983 elle quitte ses Landes
natales pour vivre à Londres. En 1984, elle manque avec succès l’audition
d’entrée au conservatoire d’art dramatique de Nantes. À partir de 1985, elle
chante et écrit des textes de chansons dans un premier groupe à Paris.
Enregistrement d’un titre sur une compilation avec le groupe Hors-Série en
1992. Arrivée à Toulouse en 1994, elle chante en jouant du synthétiseur
sans
groupe. Trois enfants modulent le rythme. Elle se remet à l’écriture...
longue, en 2000, après avoir réchappé de la tempête ravageuse de la fin
1999. "Trauma" est publié en 2003 par Galimard. "Combat" le suit l’année
d’après. Elle a depuis écrit "Récréation" (en ligne sur Diogène) et un
recueil de nouvelles "Brèves à la modernité" qui circule chez les
éditeurs,
ainsi que des textes pour les enfants. Un roman est en cours. Depuis janvier
Hélène Duffau chante avec La Teigne (musique activiste), groupe toulousain
qui concertise une fois par mois dans les bars et lieux de la région
son site : Journal de la moderne tyrannie
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