| Le portrait de Dorian Gray (1891). | 776.6 ko |
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Préface
“Un artiste est un créateur de belles choses.
Révéler l’Art en cachant l’artiste, tel est le but de l’Art.
Le critique est celui qui peut traduire dans une autre manière
ou avec de nouveaux procédés l’impression que lui laissèrent de
belles choses.
L’autobiographie est à la fois la plus haute et la plus basse des
formes de la critique.
Ceux qui trouvent de laides intentions en de belles choses
sont corrompus sans être séduisants. Et c’est une faute.
Ceux qui trouvent de belles intentions dans les belles choses
sont les cultivés. Il reste à ceux-ci l’espérance.
Ce sont les élus pour qui les belles choses signifient
simplement la Beauté.
Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal
écrit. C’est tout.
Le dédain du XIXe siècle pour le réalisme est tout pareil à la
rage de Caliban apercevant sa face dans un miroir.
Le dédain du XIXe siècle pour le Romantisme est semblable à
la rage de Caliban n’apercevant pas sa face dans un miroir.
La vie morale de l’homme forme une part du sujet de l’artiste,
mais la moralité de l’art consiste dans l’usage parfait d’un moyen
imparfait.
L’artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même les choses
vraies peuvent être prouvées.
L’artiste n’a point de sympathies éthiques. Une sympathie
morale dans un artiste amène un maniérisme impardonnable du
style.
L’artiste n’est jamais pris au dépourvu. Il peut exprimer toute
chose.
Pour l’artiste, la pensée et le langage sont les instruments
d’un art.
Le vice et la vertu en sont les matériaux. Au point de vue de la
forme, le type de tous les arts est la musique. Au point de vue de
la sensation, c’est le métier de comédien.
Tout art est à la fois surface et symbole.
Ceux qui cherchent sous la surface le font à leurs risques et
périls.
Ceux-là aussi qui tentent de pénétrer le symbole.
C’est le spectateur, et non la vie, que l’Art reflète réellement.
Les diversités d’opinion sur une œuvre d’art montrent que
cette œuvre est nouvelle, complexe et viable. Alors que les critiques diffèrent, l’artiste est en accord avec
lui-même.
Nous pouvons pardonner à un homme d’avoir fait une chose
utile aussi longtemps qu’il ne l’admire pas. La seule excuse
d’avoir fait une chose inutile est de l’admirer intensément.
L’Art est tout à fait inutile.”
OSCAR WILDE.
WILDE Oscar (1854-1900), écrivain britannique.
Oscar Wilde est né à Dublin en 1854. Il est le fils d’un
chirurgien irlandais de réputation internationale. Sa mère, Jane
Francesa Elgee, est une poétesse pleine de ferveur nationaliste,
qui dans les années 1840, soutient la cause irlandaise face à
l’Angleterre. Après des études classiques au Trinity Collège à Dublin, où
déjà il fait preuve d’une forte personnalité et se distingue des
autres étudiants par l’extravagance des ses vêtements, Oscar
Wilde est admis à l’université d’Oxford. Il a notamment comme
professeur John Ruskin, l’un des porte-paroles d’un mouvement
culturel qui estime que l’art ne doit être que recherche du Beau,
sans aucune préoccupation morale ou sociale. Oscar Wilde est un élève brillant et distingué. Il a les cheveux
longs, porte des cravates lavallière et orne les boutonnières de
ses costumes d’un œillet, d’un lis ou d’un chrysanthème.
Esprit subtil et excentrique, dandy d’une rare élégance, sa
célébrité devient grande dans les milieux culturels et
aristocratiques londoniens qui accueillent avec ravissement ses
premiers Poèmes (1881). Il devient très vite l’un des théoriciens de « l’art pour l’art »,
et le chef de file des "esthètes". Il est ainsi invité à donner une
série de conférences aux États-Unis sur l’esthétisme.
De retour en Europe, il s’installe à Paris, où il écrit deux
pièces de théâtre : la Duchesse de Padoue (1883), Véra ou les
Nihilistes (1883). Il rencontre les principaux écrivains français
de l’époque : Verlaine, Mallarmé, Zola, Daudet, et Hugo. De
retour à Londres (1884), il épouse l’une de ses admiratrices,
Constance Lloyd. Ils auront deux enfants.
Rédacteur en chef du magazine The Woman’s World de 1887
à 1889, il y montre ses talents de pamphlétaire et son art du
paradoxe. Il s’emploie également à défendre la cause féministe.
Pour ses enfants, il organise des bals costumés et écrit des
contes (le Prince heureux et autres contes, 1888). Il publie
également des nouvelles (le Crime de lord Arthur Saville et autres
histoires, 1891), un essai (Intentions, 1891) et aussi son seul
roman (le Portrait de Dorian Gray, 1891).
Ce roman lui vaut une très grande notoriété, mais le public
anglais, choqué, lui reproche l’immoralité de certains
personnages.
En 1895, Oscar Wilde décide de porter plainte en
diffamation contre le Marquis de Queensberry, le père d’Alfred
Douglas, son amant. Ce procès tourne mal. Finalement c’est le
Marquis de Queensberry qui porte l’affaire devant les tribunaux,
accusant Wilde de pervertir son fils. Oscar Wilde est condamné
pour délit d’homosexualité à 2 ans de travaux forcés le 27 mai
1895. Il purgera cette peine dans la très répressive prison de
Reading, au sud de l’Angleterre.
Il sort de prison le 19 mai 1897, et s’exile en France, à
Berneval, près de Dieppe. C’est un homme brisé et ruiné. Il prend
pour pseudonyme le nom de Sebastian Melmoth.
Il publie en 1898, la ballade de la geôle de Reading, un
témoignage émouvant sur sa douleur de prisonnier. Il meurt à
Paris, en 1900 dans la misère et la solitude.
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