| Michel Strogoff (1876) | 1.5 Mo |
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UNE FÊTE AU PALAIS-NEUF (extrait)
“ - Sire, une nouvelle dépêche.
- D’où vient-elle ?
- De Tomsk.
- Le fil est coupé au-delà de cette ville ?
- Il est coupé depuis hier.
- D’heure en heure, général, fais passer un télégramme à
Tomsk, et que l’on me tienne au courant.
- Oui, Sire, répondit le général Kissoff.
Ces paroles étaient échangées à deux heures du matin, au
moment où la fête, donnée au Palais-Neuf, était dans toute sa
magnificence.
Pendant cette soirée, la musique des régiments de
Préobrajensky et de Paulowsky n’avait cessé de jouer ses polkas,
ses mazurkas, ses scottischs et ses valses, choisies parmi les
meilleures du répertoire. Les couples de danseurs et de danseuses
se multipliaient à l’infini à travers les splendides salons de ce
palais, élevé à quelques pas de la « vieille maison de pierres », où
tant de drames terribles s’étaient accomplis autrefois, et dont les
échos se réveillèrent, cette nuit-là, pour répercuter des motifs de
quadrilles.
Le grand maréchal de la cour était, d’ailleurs, bien secondé
dans ses délicates fonctions. Les grands-ducs et leurs aides de
camp, les chambellans de service, les officiers du palais
présidaient eux-mêmes à l’organisation des danses. Les grandesduchesses,
couvertes de diamants, les dames d’atour, revêtues de
leurs costumes de gala, donnaient vaillamment l’exemple aux
femmes des hauts fonctionnaires militaires et civils de l’ancienne
« ville aux blanches pierres ». Aussi, lorsque le signal de la
« polonaise » retentit, quand les invités de tout rang prirent part
à cette promenade cadencée, qui, dans les solennités de ce genre,
a toute l’importance d’une danse nationale, le mélange des
longues robes étagées de dentelles et des uniformes chamarrés de
décorations offrit-il un coup d’œil indescriptible, sous la lumière
de cent lustres que décuplait la réverbération des glaces.
Ce fut un éblouissement. (...)”
VERNE Jules (1828-1905), écrivain français.
Né à Nantes, il fut d’abord destiné à reprendre l’étude d’avoué de son père. À l’âge de onze ans, ayant acheté l’engagement d’un mousse, il s’embarqua sur un long courrier en partance pour les Indes, son père le rattrapa de justesse. Il fut envoyé à Paris pour faire des études de droit et entreprit alors clandestinement d’écrire ses premières œuvres. En 1867, il partit pour les États - Unis avec son frère Paul à bord d’un véritable paquebot à roue construit pour la pose du câble téléphonique transeuropéen. Ses croisières en Norvège, en Irlande, en Écosse, dans la mer Baltique et en Méditerranée renouvelèrent son inspiration. Sa rencontre avec l’éditeur J. Hetzel qui ne cessa de l’aider, lui permit de recueillir de gros succès dans le genre qu’il avait crée avec « cinq semaines en ballon » : le roman d’anticipation scientifique.
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