| L ’école des Robinsons (1882). | 586.6 ko |
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Où le lecteur trouvera, s’il le veut,
l’occasion d’acheter une île de l’océan Pacifique (extrait)
“« Île à vendre, au comptant, frais en sus, au plus offrant et
dernier enchérisseur ! » redisait coup sur coup, sans reprendre
haleine, Dean Felporg, commissaire priseur de l’« auction », où
se débattaient les conditions de cette vente singulière.
« Île à vendre ! île à vendre ! » répétait d’une voix plus
éclatante encore le crieur Gingrass, qui allait et venait au milieu
d’une foule véritablement très excitée.
Foule, en effet, qui se pressait dans la vaste salle de l’hôtel
des ventes, au numéro 10 de la rue Sacramento. Il y avait là, non
seulement un certain nombre d’Américains des États de
Californie, de l’Oregon, de l’Utah, mais aussi quelques-uns de
ces Français qui forment un bon sixième de la population, des
Mexicains enveloppés de leur sarape, des Chinois avec leur
tunique à larges manches, leurs souliers pointus, leur bonnet en
cône, des Canaques de l’Océanie, même quelques Pieds-Noirs,
Gros-Ventres ou Têtes-Plates, accourus des bords de la rivière
Trinité.
Hâtons-nous d’ajouter que la scène se passait dans la
capitale de l’État californien, à San Francisco, mais non à cette
époque où l’exploitation des nouveaux placers attirait les
chercheurs d’or des deux mondes - de 1849 à 1852. San
Francisco n’était plus ce qu’elle avait été au début, un
caravansérail, un débarcadère, une auberge, où couchaient pour
une nuit les affairés qui se hâtaient vers les terrains aurifères du
versant occidental de la Sierra Nevada. Non, depuis quelque
vingt ans, l’ancienne et inconnue Yerba-Buena avait fait place à
une ville unique en son genre, riche de cent mille habitants,
bâtie au revers de deux collines, la place lui ayant manqué sur la
plage du littoral, mais toute disposée à s’étendre jusqu’aux
dernières hauteurs de l’arrière-plan - une cité, enfin, qui a détrôné Lima, Santiago, Valparaiso, toutes ses autres rivales de
l’ouest, dont les Américains ont fait la reine du Pacifique, la
« gloire de la côte occidentale » !
Ce jour-là - 15 mai -, il faisait encore froid. En ce pays,
soumis directement à l’action des courants polaires, les
premières semaines de ce mois rappellent plutôt les dernières
semaines de mars dans l’Europe moyenne. Pourtant on ne s’en
serait pas aperçu, au fond de cette salle d’encans publics. La
cloche, avec son branle incessant, y avait appelé un grand
concours de populaire, et une température estivale faisait perler
au front de chacun des gouttes de sueur que le froid du dehors
eût vite solidifiées. (...)”
VERNE Jules (1828-1905), écrivain français.
Né à Nantes, il fut d’abord destiné à reprendre l’étude d’avoué de son père. À l’âge de onze ans, ayant acheté l’engagement d’un mousse, il s’embarqua sur un long courrier en partance pour les Indes, son père le rattrapa de justesse. Il fut envoyé à Paris pour faire des études de droit et entreprit alors clandestinement d’écrire ses premières œuvres. En 1867, il partit pour les États - Unis avec son frère Paul à bord d’un véritable paquebot à roue construit pour la pose du câble téléphonique transeuropéen. Ses croisières en Norvège, en Irlande, en Écosse, dans la mer Baltique et en Méditerranée renouvelèrent son inspiration. Sa rencontre avec l’éditeur J. Hetzel qui ne cessa de l’aider, lui permit de recueillir de gros succès dans le genre qu’il avait crée avec « cinq semaines en ballon » : le roman d’anticipation scientifique.
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