| Vingt ans après (1845). | 2.3 Mo |
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Le fantôme de Richelieu (extrait)
“Dans une chambre du palais Cardinal que nous connaissons
déjà, près d’une table à coins de vermeil, chargée de papiers et
de livres, un homme était assis la tête appuyée dans ses deux
mains.
Derrière lui était une vaste cheminée, rouge de feu, et dont
les tisons enflammés s’écroulaient sur de larges chenets dorés.
La lueur de ce foyer éclairait par-derrière le vêtement
magnifique de ce rêveur, que la lumière d’un candélabre chargé
de bougies éclairait par-devant.
À voir cette simarre rouge et ces riches dentelles, à voir ce
front pâle et courbé sous la méditation, à voir la solitude de ce
cabinet, le silence des antichambres, le pas mesuré des gardes
sur le palier, on eût pu croire que l’ombre du cardinal de
Richelieu était encore dans sa chambre.
Hélas ! c’était bien en effet seulement l’ombre du grand
homme. La France affaiblie, l’autorité du roi méconnue, les
grands redevenus forts et turbulents, l’ennemi rentré en deçà
des frontières, tout témoignait que Richelieu n’était plus là.
Mais ce qui montrait encore mieux que tout cela que la
simarre rouge n’était point celle du vieux cardinal, c’était cet
isolement qui semblait, comme nous l’avons dit, plutôt celui
d’un fantôme que celui d’un vivant ; c’étaient ces corridors vides
de courtisans, ces cours pleines de gardes ; c’était le sentiment
railleur qui montait de la rue et qui pénétrait à travers les vitres
de cette chambre ébranlée par le souffle de toute une ville liguée
contre le ministre ; c’étaient enfin des bruits lointains et sans
cesse renouvelés de coups de feu, tirés heureusement sans but
et sans résultat, mais seulement pour faire voir aux gardes, aux
Suisses, aux mousquetaires et aux soldats qui environnaient le
Palais-Royal, car le palais Cardinal lui-même avait changé de
nom, que le peuple aussi avait des armes. (...)”
DUMAS Alexandre (1802-1870), écrivain français fils du Général Alexandre Davy de la Pailleterie.
Il fut élevé par sa mère seule et reçut une éducation plutôt médiocre. Après des études négligées, il travailla comme clerc chez un notaire et débuta la rédaction de pièces de théâtre avec son ami, le vicomte Adolphe Ribbing de Leuven. Ces premiers essais furent autant d’échecs. En 1823, il s’installa à Paris où il entra au service du Duc d’Orléans comme expéditionnaire et continua à écrire pour le théâtre et connut enfin le succès grâce à la représentation de Henri III et sa cour . Sa carrière de romancier se révéla d’une extraordinaire fécondité. Aidé de nombreux collaborateurs, il ne publia pas moins de quatre-vingt récits. Désireux d’adapter à la scène certains de ses romans, il fit bâtir à grands frais le Théâtre historique mais malgré l’enthousiasme du public, il fut contraint de cesser les représentations dès 1851 pour des raisons de budget. Après s’être lancé dans diverses opérations financières qui échouèrent les unes après les autres, il revint à Paris où il passa les dernières années de sa vie à la charge de son fils.
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