| La cousine Bette | 598.3 ko |
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extrait :
“Ce n’est ni au prince romain, ni à l’héritier de l’illustre maison de Cajetani qui a fourni des papes à la
Chrétienté, c’est au savant commentateur de Dante que je dédie ce petit fragment d’une longue histoire.
Vous m’avez fait apercevoir la merveilleuse charpente d’idées sur laquelle le plus grand poète italien a
construit son poème, le seul que les modernes puissent opposer à celui d’Homère. Jusqu’à ce que je vous
eusse entendu, la DIVINE COMEDIE me semblait une immense énigme, dont le mot n’avait été trouvé par
personne, et moins par les commentateurs que par qui que ce soit. Comprendre ainsi Dante, c’est être grand
comme lui ; mais toutes les grandeurs vous sont familières.
Un savant français se ferait une réputation, gagnerait une chaire et beaucoup de croix, à publier, en un
volume dogmatique, l’improvisation par laquelle vous avez charmé l’une de ces soirées où l’on se repose
d’avoir vu Rome. Vous ne savez peut−être pas que la plupart de nos professeurs vivent sur l’Allemagne, sur
l’Angleterre, sur l’Orient ou sur le Nord, comme des insectes sur un arbre ; et, comme l’insecte, ils en
deviennent partie intégrante, empruntant leur valeur de celle du sujet. Or, l’Italie n’a pas encore été exploitée
à chaire ouverte. On ne me tiendra jamais compte de ma discrétion littéraire. J’aurais pu, vous dépouillant,
devenir un homme docte de la force de trois Schlegel ; tandis que je vais rester simple docteur en médecine
sociale, le vétérinaire des maux incurables ne fût−ce que pour offrir un témoignage de reconnaissance à mon
cicerone, et joindre votre illustre nom à ceux des Porcia, des San Severino, des Pareto, des di Negro, des
Belgiojoso, qui représenteront dans la COMEDIE HUMAINE cette alliance intime et continue de l’Italie et
de la France que déjà le Bandello, cet évêque, auteur de contes très−drôlatiques, consacrait de la même
manière, au seizième siècle, dans ce magnifique recueil de nouvelles d’où sont issues plusieurs pièces de
Shakespeare, quelquefois même des rôles entiers, et textuellement. (...)”
BALZAC Honoré De (1789-1850), écrivain français.
D’ abord clerc de notaire, il commença à écrire des romans d’aventures. Après des tentatives malheureuses dans le domaine de l’édition et de l’imprimerie, il revint à la littérature. Sa vie fut alors consacrée à un énorme travail dont furent issus près de cent ouvrages et la quasi totalité forme un ensemble appelé « la comédie humaine ». Maître du roman dit « réaliste », doué d’une imagination et d’un sens de l’observation étonnants, visionnaire puissant, il a peint la passion, l’énergie, la prise de pouvoir, bref toute la société française de la première moitié du 19ème.
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