| Le crime de Lord Arthur SAVILLE (1891). | 214.3 ko |
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Chapitre I (extrait)
“C’était la dernière réception de lady Windermere, avant le
printemps.
Bentinck House était, plus que d’habitude, encombré d’une
foule de visiteurs.
Six membres du cabinet étaient venus directement après
l’audience du speaker, avec tous leurs crachats et leurs grands
cordons.
Toutes les jolies femmes portaient leurs costumes les plus
élégants et, au bout de la galerie de tableaux, se tenait la princesse
Sophie de Carlsrühe, une grosse dame au type tartare, avec de
petits yeux noirs et de merveilleuses émeraudes, parlant d’une
voix suraiguë un mauvais français et riant sans nulle retenue de
tout ce qu’on lui disait.
Certes, il y avait là un singulier mélange de société : de
superbes pairesses bavardaient courtoisement avec de violents
radicaux. Des prédicateurs populaires se frottaient les coudes
avec de célèbres sceptiques. Toute une volée d’évêques suivait,
comme à la piste, une forte prima donna, de salon en salon. Sur
l’escalier se groupaient quelques membres de l’Académie royale,
déguisés en artistes, et l’on a dit que la salle à manger était un
moment absolument bourrée de génies.
Bref, c’était une des meilleures soirées de lady Windermere et
la princesse y resta jusqu’à près de onze heures et demie passées.
Sitôt après son départ, lady Windermere retourna dans la
galerie de tableaux où un fameux économiste exposait, d’un air
solennel, la théorie scientifique de la musique à un virtuose
hongrois écumant de rage. (...)”
WILDE Oscar (1854-1900), écrivain britannique.
Théoricien de « l’art pour l’art », chef de file des esthètes, affichant sans réserve son amoralisme, il fut l’idole de l’aristocratie. Sous une apparence brillante et légère, son oeuvre reflète une vision tragique de la vie. Oscar Wilde est le fils d’un chirurgien irlandais et d’une poétesse engagée politiquement pour son pays. Il fait d’abord de brillantes études à Dublin, puis à Oxford où il se distingue par son goût pour la discussion, le raffinement ,ce qui lui vaudra d’être raillé par ses camarades. En 1895, attaqué pour son homosexualité, il fut condamné pour outrage aux mœurs à deux ans de travaux forcés. Libéré, il quitta l’Angleterre pour la France sous un faux nom, commença alors une période de déchéance dont il ne sortira pas. Il mourut à Paris dans la misère et la solitude d’une méningite et fut enterré au père Lachaise.
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