| Autre étude de femme | 61.3 ko |
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extrait :
"A Paris, il se rencontre toujours deux soirées dans les bals ou dans les raouts. D’abord une soirée
officielle à laquelle assistent les personnes priées, un beau monde qui s’ennuie. Chacun pose pour le voisin.
La plupart des jeunes femmes ne viennent que pour une seule personne. Quand chaque femme s’est assurée
qu’elle est la plus belle pour cette personne et que cette opinion a pu être partagée par quelques autres, après
des phrases insignifiantes échangées, comme celles−ci : − Comptez−vous aller de bonne heure à ** (un nom
de terre) ? − Madame une telle a bien chanté ! − Quelle est cette petite femme qui a tant de diamants ? Ou,
après avoir lancé des phrases épigrammatiques qui font un plaisir passager et des blessures de longue durée,
les groupes s’éclaircissent, les indifférents s’en vont, les bougies brûlent dans les bobèches ; la maîtresse de
la maison arrête alors quelques artistes, des gens gais, des amis, en leur disant : − Restez, nous soupons entre
nous.
On se rassemble dans un petit salon. La seconde, la véritable soirée a lieu ; soirée où, comme sous
l’ancien régime, chacun entend ce qui se dit, où la conversation est générale, où l’on est forcé d’avoir de
l’esprit et de contribuer à l’amusement public. Tout est en relief, un rire franc succède à ces airs gourmés qui,
dans le monde, attristent les plus jolies figures. Enfin, le plaisir commence là où le raout finit. Le raout, cette
froide revue du luxe, ce défilé d’amours−propres en grand costume, est une de ces inventions anglaises qui
tendent à mécanifier les autres nations. L’Angleterre semble tenir à ce que le monde entier s’ennuie comme
elle et autant qu’elle. (...)"
BALZAC Honoré De (1789-1850), écrivain français.
D’ abord clerc de notaire, il commence à écrire des romans d’aventures. Après des tentatives malheureuses dans le domaine de l’édition et de l’imprimerie, il revient à la littérature. Désormais sa vie est consacrée à un énorme travail dont sont issus près de cent ouvrages et la quasi totalité forme un ensemble appelé « la comédie humaine ». maître du roman dit « réaliste », doué d’une imagination et d’un sens de l’observation étonnants, visionnaire puissant, il a peint la passion, l’énergie, la prise de pouvoir, bref toute la société française de la première moitié du 19ème.
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